Importance de l’intelligence spirituelle en Afrique

Importance de l’intelligence spirituelle en Afrique : « Je vis pour assurer ma survie et celle de mes ancêtres » (Jean Wakam)

Extrait du livre à paraitre de Monsieur Lucas KAMDEM (Souop Soffo Sa’a Mekù), PDG du Groupe MTA et Coach fondateur du FACOP

Partie 1/5

Le 7 juin 2017 à Yaoundé, le Prince Kum’a Ndumbe III, professeur Emérite des Universités a dit ceci :

« La libération du mental est la libération la plus urgente des peuples africains en ce début du 21e siècle. Il est urgent de changer de paradigme dans la conception, la gestion et la projection dans le futur de nos sociétés africaines. Le paradigme de la restitution de la mémoire effacée, de la rectification de l’histoire falsifiée des peuples africains doit devenir le socle même du nouveau projet de société pour sortir les peuples africains et de la diaspora africaine du génocide intellectuel et spirituel qui les ont contraint et maintenu en l’esclavage et à la sujétion mentales. Quand on tient ton mental, on te tient… ».

C’était à l’occasion de la leçon inaugurale d’un colloque international et pluridisciplinaire sur le thème ‘’Histoire et mémoires au Cameroun : Cadrages, marquages, héritages et usages (de 1884 à nos jours)’’.
Je n’avais pas encore entendu ni lu un texte aussi fort sur la vérité historique de l’Afrique, avec sa cohorte de conséquences négatives multidimentionnelles, me confortant dans ma conviction selon laquelle les cerveaux des Africains ont été empoisonnés et nécessitent des antidotes assez puissants pour les décontaminer.

A ce sujet, il m’a été donné de constater que beaucoup de jeunes que je forme et accompagne au FACOP semblent toujours très mal à l’aise, lorsque j’aborde la théorie des intelligences multiples, en particulier en ce qui concerne l’intelligence émotionnelle et l’intelligence spirituelle. Premièrement, il se passe qu’en général ils n’en ont jamais entendu parler. Ils réalisent donc rapidement que leur degré d’ignorance en la matière est ‘’encyclopédique’’. Deuxièmement, ils ont de la peine à voir quel lien l’entrepreneuriat pourrait avoir avec l’intelligence spirituelle. Et quand ils finissent par comprendre, ils ont toujours peur de ne pouvoir changer de paradigme.

Le Prince Kum’a Ndumbe III a tellement raison. Il devient impératif de trouver les moyens appropriés pour « guérir le mental de l’Africain, le sortir du génocide intellectuel et spirituel dans lequel il a été enfermé pendant les sept derniers siècles. ». Sans quoi, il serait illusoire de parler de création d’une multitude d’entreprises durablement prospères, ou simplement de développement harmonieux de l’Afrique.
Il est par conséquent de la plus grande importance de bien comprendre de quoi il s’agit ici, et pourquoi tout être humain ayant une faible intelligence spirituelle ne peut pas être un ‘’vrai homme’’.

Définition de l’intelligence spirituelle
L’intelligence spirituelle (QS) est un concept mis au point au début de ce siècle par Danah Zohar, une physicienne devenue théoricienne en management qui a enseigné à Oxford, et par son époux, Ian Marshall, un psychiatre. Ce concept vise grosso modo à permettre à tout un chacun de comprendre ce qui est de la plus grande importance pour soi : le sens de sa vie, de ses propres valeurs, principes, etc.

«La ‘’spiritualité’’ est ici considérée comme le sentiment fondamental d’être connecté à soi, aux autres, et même à l’univers entier», comme l’indiquent les deux auteurs dans leur ouvrage intitulée SQ – Spiritual Intelligence, The Ultimate Intelligence (Bloomsbury, 2001).

Toutes mes recherches et entretiens avec de vieux sages Africains comme mon coach Té Waffo m’ont permis de réaliser qu’en Afrique, la notion de spiritualité désigne effectivement un ensemble de système de valeurs. Elle désigne ce que je pourrai appeler la quête de sens, d’espoir ou de libération (lepiè’ en Baham), ainsi que les démarches qui s’y rattachent (initiations, rites, développement personnel, etc.).

En Afrique, l’intelligence spirituelle est donc fondamentalement dissociée de la religion ou de la foi en un Dieu, tant et si bien qu’aucun Roi Bamiléké (par exemple) ne peut anoblir l’un de ses fils ou une de ses filles en fonction de sa religion ou de sa croyance ou non en un quelconque Dieu. Or, l’anoblissement suppose la reconnaissance du bon caractère du futur notable, sa capacité d’interconnexion avec les autres, la confirmation qu’il est un ‘’vrai homme’’. Ce qui compte d’abord aux yeux du Roi et de ses conseillers, c’est l’intégrité, la dignité et la valeur de l’individu.

C’est la capacité à « partager » de chaque notable qui permet de le situer. Et puisqu’on ne peut pas partager ce qu’on n’a pas, celui-ci est supposé avoir une mentalité de l’abondance et disposer des moyens humains et financiers pour faire face à ses prétentions. Il est aussi supposé savoir, par son éducation et le processus d’initiation le conduisant au palais royal qu’il n’est rien sans sa communauté ou « ses gens » (l’homme n’est que les siens – Mô bà pô piè en Baham).

Comme j’expliquerai dans la deuxième partie de ce livre, il sait enfin qu’il n’est riche que s’il y a de multiples bénéficiaires de ses richesses (Hâ fù hâ zù).
J’ai observé, écouté et constaté que dans la tradition Bamiléké, on ne spécule pas sur du vide, le discours spirituel dans la case des crânes et en dehors fait toujours référence à une expérience possible. On ne prie pas les crânes comme le ferait un Chrétien à genoux devant des reliques, on sait que nos ancêtres nous ont laissé des principes et des valeurs qu’il faut respecter pour être heureux, c’est à dire qu’il faut faire le bien (ce que la communauté reconnait comme bien) et éviter le mal (ce qui est reconnu par la communauté comme mal). En parlant avec eux, c’est comme si on faisait un compte rendu de la bonne gestion de l’héritage reçu, en annonçant par la même occasion les nouvelles étapes…

S’il est admis que les ancêtres défunts continuent de faire partie de la communauté des vivants pour les Africains, c’est simplement parce que leurs paroles et certains de leurs actes ne peuvent pas mourir. L’héritage (les clés) qu’ils ont laissé comme chemin à suivre pour une vie réussie ne meurt pas. Les descendants peuvent alors parler aux cadavres (crânes) de leurs ancêtres, comme le font tous les Chrétiens avec ceux qu’ils considèrent comme Saints ou encore comme beaucoup d’autres peuples de croyances diverses, notamment en Asie.

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